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Relevé de la rue de la Chaîne. En orangé, les zones aujourd'hui pavées.
"Fonderie du Sanitas à Blois".
"Louet & Gachet à Blois".
"Chrétien fondeur à Blois".
Par ailleurs, la rue a conservé des éléments en fonte fabriqués... à Blois. Et sont témoins d'une époque industrielle révolue.
Pour l'anecdote, la Fonderie du Sanitas est liée à l'épopée Poulain, puisque l'usine dont Auguste Poulain a loué, à ses débuts, la puissance motrice fonctionnant grâce à une machine à vapeur, afin de réaliser ses chocolats, alors qu'il souhaitait se développer, mais n'avait pas encore les moyens d'investir dans sa propre usine. Celle-ci était située sur l'actuelle rue de Verdun.
Pavés et bordures en calcaire de Beauce et caniveaux en grès de la rue de la Chaîne.
Pavage de la rue Saint-Lubin, vers 1900.
A noter qu’il est intéressant d’observer les rabaissements des bordures qui nous renseignent sur d’anciennes sorties de véhicules (garage). Certaines de ces ouvertures ont aujourd’hui en partie disparu.
Trottoir surbaissé et ancienne porte.
Le cas le plus frappant est situé au numéro 29a, un de ces rabais arrive devant un mur ; en observant celui-ci, on s’aperçoit qu’il s’agit d’une ancienne porte cochère, où ont été réalisés plus tard, une porte et une fenêtre, avec les mêmes matériaux que le mur d’origine.
La rue de la Chaîne - - /!\ Les pavés et les bordures de la rue de la Chaîne vont être en grande partie remplacés par du ciment /!\


[Chapitre 4] Les pavés, les bordures et les caniveaux en pierre.


Autrefois, quand les voies n’étaient pas en terre battue, celles-ci étaient pavées.
A Blois, les premiers pavés ont fait leur apparition à la fin du 15e siècle. Le pavage des voies qui ne dépendaient pas de la "grande voirie" était alors à la charge de la ville. Après la Révolution, les riverains devaient paver et entretenir ce pavage devant chez eux, mais à cause de leur réticence à réaliser ces travaux et à cause du manque d'uniformité, à partir de 1845, il est redevenu à la charge de la ville, moyennant une taxe sur les propriétaires riverains.
Au Moyen-Âge, les rues étaient composées d'une chaussée avec un caniveau central destiné à l'évacuation de l'eau, mais aussi des déchets. Les parties proches des façades étaient plus propres. Par ailleurs, il n'était pas rare que les artisans ou les commerçants développent leur activité dans la rue, créant parfois, des difficultés de circulation. Les trottoirs viendront plus tard. On ne sait pas quand ceux de Vienne ont été réalisés.

Ces pavés ont pour la plupart été enlevés ou ont été recouverts de bitume, de manière progressive, au fil du temps, rue après rue, au fil des aménagements successifs, ce qui fait, qu'aujourd'hui relativement peu de rues les ont conservés. Cependant, la rue de la Chaîne est une des rares rues du quartier de Vienne qui a eu la chance de conserver un certain nombre de ses pavés ainsi que de ses bordures.
La pierre des éléments de chaussée provient de pierre et de carrières locales et sont donc propres à la région. Son extraction a été réalisée à proximité de Blois.
Les pavés des trottoirs ainsi que la plupart des bordures ont été réalisés en calcaire de Beauce.
La pierre peut venir de Pontlevoy (23km) ou de Maves/Conan/Pontijou (17km), où la pierre était réputée et encore exploitée en 1889 [Répertoire des carrières de pierre de taille exploitées en 1889, réalisé par le ministère des travaux publics], ou bien de plus près comme Vineuil, la Chaussée-Saint-Victor, Saint-Gervais-la-Forêt, ou même de Blois où la pierre a également été extraite.

Les pavés des caniveaux ont été réalisés avec des pavés de grès. Il en est de même pour les bordures de certaines rues adjacentes (rue de Boulogne, rue des Ponts Chartrains). Ce grès provient probablement du Nord du département où il y avait une extraction de cette pierre (autour de Mondoubleau). La taille ressemble à celle qu’on trouve autour de la Place de la République et de la rue Alfred Halou (quartier gare) et qui ont été réalisées dans la seconde moitié du 19e siècle. La pierre, à cette époque, a pu être transportée par train, ce qui explique son développement à partir de la fin du 19e siècle (les frais de transports étant minimisés), au dépens du calcaire de Beauce pour certains éléments comme les bordures.

La raison d’utilisation du grès pour la chaussée, au dépens du calcaire de Beauce, est que le grès est bien plus résistant au passage intense des roues des charrettes cerclées de fer, que le calcaire de Beauce. Il suffit de voir comme le calcaire de Beauce s’est usé, en dépit de sa dureté, au niveau des marches des bâtiments ou au niveau des virages où les roues ont frotté contre les bordures.

Par ailleurs, nous pouvons remarquer que les dimensions de ces pavés sont bien plus importantes.

Ces pavés et ces bordures ont été entièrement façonnés à la main. Ils ont été polis avec le passage et le temps.
Malheureusement, ces pavés et ces éléments en fonte sont menacés à très court terme puisque la municipalité a choisi de remplacer la majorité de ces pavés par... du béton.


Nicolas Viault - 2014
Pavés et bordures en calcaire de Beauce et caniveaux en grès de la rue de la Chaîne.
Les pavés étaient posés sur un lit de sable, qui est un matériau stable, et étaient posés bord à bord, perpendiculairement aux façades, créant ainsi des successions de lignes caractéristiques. La taille était biseautée pour permettre cet assemblage bord à bord.
Malheureusement, lors de leurs "restaurations" successives, ceux-ci sont souvent jointoyés avec du ciment. C’est le cas dans la majeure partie de la rue, où les pavés ont été “restaurés” il y a 8 - 10 ans.
Cohérence des matériaux.
Les pavés restants sont situés dans la partie de la rue qui n'a pas été bombardée pendant la guerre 39-45, la partie bombardée (puis en grande partie rehaussée) ayant été "modernisée" à la reconstruction, sans pavés (la partie Nord a tout de même conservé ses anciennes bordures).
Il y a une grande cohérence de matériaux puisque le calcaire de Beauce, utilisé pour réaliser ces pavés et ces bordures, a aussi été utilisé, pour sa résistance à l’usure et son caractère non gélif, pour réaliser les chasses-roues, les parapets des quais, le pont Jacques Gabriel, les soubassements et les emmarchements, les encadrements de portes, les appuis de fenêtres, un certain nombre d'encadrements de fenêtres et de chaînage d'angle des bâtiments.
Bordures, pavés, soubassements, marches, encadrements de portes et de fenêtres sont tous réalisés dans la même pierre : le calcaire de Beauce.
Ces usages de la pierre sont le témoin direct d’un savoir-faire et démontre comment l'homme a tiré parti de la richesse du sous-sol de notre territoire, des ressources naturelles qu'il avait sous ses pieds : chaque pierre était utilisée pour ses atouts.
Bordures, pavés, soubassements, marches, encadrements de portes et de fenêtres sont tous réalisés dans la même pierre : le calcaire de Beauce.
Trottoir surbaissé et ancienne porte cochère.
Trottoir surbaissé et ancienne porte cochère.
Pavés “rénovés” avec des joints en ciment, à gauche, et pavés non “rénovés”, à droite. La forme de chaque pavé est perdu, ainsi que les lignes dessinées par leur agencement.