La rue de la Chaîne - - /!\ Les pavés et les bordures de la rue de la Chaîne vont être en grande partie remplacés par du ciment /!\


[Chapitre 3] Description du bâti ancien :


En observant les façades, on peut remarquer que les éléments les plus anciens se trouvent aux rez-de-chaussée et aux premiers étages de ces bâtiments. On peut donc en déduire que la plupart de ces bâtiments étaient de type rez-de-chaussée + un étage + grenier avant leur surélévation (il n'y avait pas de cave à cause de la proximité de la Loire).
Par ailleurs, un certain nombre de bâtiments restés à R+1+C comportent d'anciennes lucarnes, peut-être d'origine.
Les bâtiments les plus anciens font environ 5 m de façade pour 8 à 11m de profondeur pour ceux situés entre la rue et le quai, ce qui témoigne d’une certaine pression foncière.
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+ La dénaturation des façades :

La plupart de ces bâtiments gardent des traces de ce passé, même si beaucoup de façades ont, hélas, été dénaturées au fil du temps.
Les fenêtres ont été transformées : suppression des meneaux, parfois des allèges et des encadrements, même si les baies sont probablement restées à la même place.
Certaines façades ont été "modernisées". Par exemple, deux façades à pans de bois sont cachées sous une couche d'enduit. D'autres façades en pierre ont été "modernisées" sous un enduit au ciment.
Cependant, avec un peu d’observation, et pour celui qui sait lire ces façades, il est relativement aisé de deviner l'apparence d'origine de certaines d’entre elles.
+ Façades maçonnées :

Les autres façades sont maçonnées. Certains vestiges peuvent nous donner des éléments de datation. On remarque notamment un certain nombre de vestiges de fenêtres à meneaux (nos 24, 34, 25, 27, 37, 43) et des fenêtres à mouluration Renaissance (nos 26, 44, 50).
En observant plus attentivement, on remarque aussi un certain nombre d'ouvertures qui possèdent des encadrements chanfreinés ou des appuis de fenêtres qui semblent assez anciens (probablement 15e ou 16e siècle), (n°22, 38, 40, 46, 52, 35, 37, 43, 45, 47).
Parfois, il faut se rendre à l’intérieur des bâtiments ou dans les cours privées pour constater l’ancienneté des lieux. On y remarque des fenêtres à meneaux (n°47), des cales (n°45, n°49), des murs mitoyens à pans de bois, avec des corbeaux en bois (n°47), ou des corbeaux de cheminées typiques du 15 et 16e siècle (n°47 et n°57 par exemple).

Les éléments les plus anciens sont en calcaire de Beauce, un calcaire siliceux très dur. Les provenances les plus réputées étaient Fontijou et Pontlevoy ; cependant, il existait aussi des carrières à Blois, ou à proximité (la Chaussée Saint-Victor, Saint-Gervais-la-Forêt, Vineuil,...), comme en témoignent les cavités présentes dans les coteaux ou les nombreuses "roiches" (caves creusées directement dans le rocher) et si celles-ci n'étaient peut-être plus exploitées à la fin du 19e ou au 20e siècle, elles l'étaient au Moyen-Age, et au moins jusqu'au début du 19e siècle, et il est probable que ce soit ces carrières situées à proximité qui ont été utilisées, pour des raisons évidentes de coût.
+ Façades à pans de bois :

On remarque qu'un certain nombre de maisons étaient constituées de murs mitoyens maçonnés et de façades à pans de bois. Certaines sont restées (n°26a, 28, 32a), d'autres ont disparu, mais des "cales" en pierre, destinées à maintenir ces pans de bois, sont restées et témoignent de ce passé (n° 30, 48b, 50, 54, 56, 37, 39, 41). Le développement de ces façades s'explique par le fait qu'elles étaient généralement moins coûteuses qu'une façade en pierre. La faible longueur des façades s'explique par cette technique puisque cela permet de réaliser une façade ou un plancher sans appui intermédiaire.

Parmi les maisons à pans de bois encore existantes, on peut noter deux façades à pans de bois à décor gothique (pinacles, mouluration soulignant les poutres horizontales, ainsi que deux personnages, deux engoulants et des traces de meneau pour l'une d'entre elle) ainsi qu’une façade à décor Renaissance (pilastres cannelés, chapiteaux ioniques, frise d’oves soulignant les poutres horizontales)[voir page précédente]. Cependant, il faut noter que décor gothique n'est pas un critère de datation précise extrêmement fiable, car ce type de décor s'est parfois prolongé dans l’habitat populaire jusqu’au milieu du 16e siècle, pendant la Renaissance.
Façade à pans de bois Renaissance.

Il existe deux maisons à pans de bois, à l'extrémité Nord-Ouest de la rue, qui ont été recouvertes d'enduit (n°54 et 56). Il est fort peu probable de retrouver des décors dessous, car, pour "accrocher" l'enduit, on posait un lattis, et cette opération était généralement précédée par le bûchage des parties en relief (encadrements moulurés, sculptures...).
Anciennes échoppes
Ouverture d’une ancienne échoppe maintenant sous le niveau du sol.
Echoppe (18e siècle ?).
Façade Renaissance.
"Cales" destinées à maintenir les façades à pans de bois..
Encadrement avec mouluration Renaissance.
Appuis datant probablement du 15e ou du 16e siècle.
Calcaire de Beauce et tuffeau.
Façade à pans de bois recouverte d'enduit.
Fenêtre à meneau dénaturée.
Façade ancienne en pierre recouverte d’un enduit au ciment.
+ Echoppes et auberges

Un certain nombre de façades comportent, en rez-de-chaussée, des ouvertures voûtées, qui témoignent de la présence d'anciennes échoppes. Le premier étage devait être dévolu à l'habitat.
Un certain nombre d’entre elles sont à moitié enterrées à cause de l'élévation du niveau de la chaussée.
Les façades ont aussi été dénaturées par des éléments disgracieux comme des évacuations d'eau usées appliquées en façade, des câbles électriques et téléphoniques, des compteurs, des stores, une multitude de fenêtres en PVC ou des portes en aluminium en remplacement des menuiseries en bois parfois séculaires.
Façade gothique, évacuation des eaux usées en façade, tuyaux de gaz et fenêtres PVC.
Tuyaux, câbles électriques et téléphoniques et compteurs, encadrement de l'ouverture voutée non lisible et recouverte de ciment au-dessus de la fenêtre.
Encadrement et voûtes 15e ou 16e, porte aluminium, tuyaux, câbles compteurs et interphone.
La plupart des plus anciens vestiges datables semblent dater de la fin du 15e et du début du 16e siècle. Il faut rappeler que pendant le 1er quart du 16e siècle, la ville de Blois se métamorphose. En effet, avec son nouveau statut de statut de ville royale (Louis XII et François Ier), elle connaît un accroissement de la population sans précédent, ce qui provoquera une véritable crise du logement (il y aura jusqu'à 20 000 habitants). Pour remédier à cela, la ville se densifie à l'intérieur de ses murs et se développe dans les faubourgs immédiats. On assiste alors à une véritable fièvre de bâtir, et la spéculation foncière est importante, ce qui pousse les moins riches à s'installer à l'extérieur de la ville, à proximité immédiate de ces remparts. Par ailleurs, stylistiquement parlant, la ville change d'apparence, car chaque propriétaire veut être au goût du jour, Blois se transforme alors en une ville de 1ère Renaissance).
Pinacles encadrant une fenêtre surmontés d’un personnage et emplacement d’un ancien meneau d’une maison à décor typiquement gothique.
Maisons ayant conservé leur hauteur d'origine.
Maison Renaissance surélevée au 18e ou au 19e siècle.
Engoulant d’une maison gothique.
Façade en bois de la Renaissance comme en témoignent pilastres cannelées, colonnes ioniques et frise d’oves.
Les éléments les plus récents (chaînage d'angle des étages supérieurs, fenêtres percées ultérieurement,...) ont été réalisés en tuffeau, un calcaire bien plus tendre. Celui venait de plus loin (vallée du Cher, vallée de la Loire à partir de Chaumont ou d'Amboise), mais était plus facile à extraire et à travailler (au 19e siècle, celui-ci coûtait de trois à quatre fois moins cher à la sortie de la carrière que le calcaire de Beauce).
Avec le développement du transport fluvial et du commerce, on comprend pourquoi le tuffeau sera plus utilisé au fil des siècles.
Un ouvrage atteste de l’extraction du calcaire de Beauce à proximité immédiate de Blois jusqu’au moins, la fin du 18e siècle. Il s’agit de : le deuxième recueil de divers mémoires extraits de la bibliothèque impériale des ponts et chaussée, à l'usage de M. les ingénieurs, publié par P.-C. Lesage, en 1808. C'est un ouvrage publiant les pierres du Cabinet Lithologique de Jean-Rodolphe Perronet, fondateur de l'école nationale des ponts et chaussées, que l'auteur a acquis de ses héritiers en 1794, et qui "se compose de toutes les pierres propres aux grandes constructions", que Perronet a cherché à rassembler et à tester.
"1. Pierre de Saint-Denis sur l'Aire (sic), dans la vallée de Macé, à une lieue au-dessus de Blois
2. Pierre de la Chaussée, dans le coteau du levant, qui borne la vallée de Mont-Préfond, à trois quarts de lieue au-dessus de Blois.
3. Pierre de la vallée de Mont-Préfond, au couchant, à une demie-lieue de Blois.
4. Pierre de Blois, dans le coteau de la Loire, à un quart de lieue au-dessus de la ville, employée au pont de cette ville.
5. Pierre de Vineuil, à une demi-lieue de Blois.
6. Pierre des Quatre-Piliers, vers Saint-Gervais, à trois quarts de lieue de Blois."
A noter également "9. Pierre de Garabault, à une demi-lieue de Beaugency, meilleure pierre de tout le pays, employée au pont d'Orléans.
"
Par ailleurs, de nombreux ouvrages du début du 19e siècle atteste de l'extraction de cette pierre à cette époque, à Blois et dans ses environs : "Blois (...) On y exploite de la pierre calcaire. (Dictionnaire universel, géographique, statistique, historique et politique de la France, tome cinquième, supplément, p.619, année 1805) ; "Vineuil (...) il y a une carrière de pierre calcaire exploitée".
Ancienne fenêtre à meneau.
Ouvertures aujourd'hui en partie enterrées.
Décor gothique sur une autre maison. Les mouluration du rez-de-chaussée sont Renaissance et semblent avoir été rapportées ultérieurement
Autre ancienne fenêtre à meneau "modernisée".
Fenêtre en petit bois traditionnelle remplacée par des fenêtres aluminium imitation bois en 2013.
+ Intérieurs et cours :

A l'intérieur de plusieurs bâtiments, on retrouve, particulièrement dans les rez-de-chaussées, qui ont été transformés en caves et qui ont donc peu évolué, des vestiges anciens, comme des corbeaux d'anciennes cheminées. Plusieurs sols comportent encore des pavés. Certaines cours comportent aussi quelques surprises comme d'anciennes fenêtres à meneaux dont la croisée a disparu.
Pilier en bois.
Anciens corbeaux de cheminée (15-16e siècle ?)
Ancien corbeau de cheminée et niche.
Graffiti.
Couloir pavé.
Vis centrale d'un escalier
Ancien corbeau de cheminée et voûte.