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Opportunité de conserver et de réhabiliter le reste du bâtiment ? les sheds plus particulièrement ?

Si le reste du bâtiment semble posséder un intérêt patrimonial moindre, cela ne signifie pas qu'il n'aurait pas été intéressant de le conserver, au moins en partie, car ce bâtiment est de qualité et sa conservation, même partielle, offre de nombreux atouts ; dès lors, nous pouvons nous interroger sur la pertinence de cette démolition.


# Au niveau patrimonial

C'est un bâtiment emblématique de l'architecture du milieu du 20e siècle, un tel bâtiment, en béton, ne se ferait plus aujourd'hui, et rappelons-le, c'est un des premiers bâtiments à être construit dans cette zone et cette entreprise a joui d'une certaine notoriété à Blois.


# Au niveau du potentiel architectural

Ce bâtiment offre des qualités constructives intéressantes qui auraient gagnées à être exploitées.

En effet, le volume situé sous les sheds (3 000 m²) demeure intéressant, tant par par ses multiples utilisations possible, que par son esthétique particulière.
Les sheds, permettant de baigner de lumière naturelle les vastes volumes intérieurs (chose qui est rarement réalisée aujourd'hui, les concepteurs préférant la lumière artificielle), n'aurait-ils pas pu être valorisés ?
Le béton offre une certaine inertie thermique que les bâtiments industriels d'aujourd'hui, réalisé en ossature métallique n'ont pas. Une isolation aurait pu être appliquée relativement aisément.
Les murs extérieurs sont en brique et ne sont pas porteurs, puisqu'elles viennent en remplissage de la structure poteau-poutre porteuse, ce qui confère à ces volumes une grande capacité d'évolution selon les besoins.


# Au niveau écologique

La démarche serait en plus bien plus écologique (bilan carbone de la démolition+transport+ traitement des matériaux important, sans compter la reconstruction et l'acheminement de nouveaux matériaux pour reconstruire de nouveaux bâtiments). Un tel bâtiment, construit en dur, de qualité, aurait encre pu durer des décennies !

En effet, ce bâtiment comporte 11 500m² de surface au sol et est composé essentiellement de béton (structure poteau poutres, murs,...) ; sa structure est estimée à près de 25 000 tonnes (environ 8000m3), sur les 39 000 T des matériaux à évacuer de l'ensemble du site en cas de démolition totale, selon l'audit réalisé par Antea group et demandé par Agglopolys.

Le maire de Blois prétendait, dans son programme pour les municipales de 2008, vouloir "conduire une politique ambitieuse de développement durable et faire de Blois une Eco-Ville de référence en France", termes repris sur le site de la ville de Blois. Encore une fois, ce projet de démolition montre bien qu'on en est très loin, et que les paroles ne sont, encore, que des paroles en l'air.

Certes, dans ce bâtiment, plusieurs éléments comportent de l'amiante (gaines, portes,... cf constat de repérage amiante effectué par l'entreprise ADD), mais démolition ou pas, les processus de retraits et d'évacuation restent les mêmes, donc il n' a pas de surcoût en cas de choix d'une solution ou d'une autre. Cependant, il faut noter qu'une partie de la couverture est composée de plaques en fibro-ciment comportant de l'amiante (2870m² - 51,7 T) qui seraient à retirer et à remplacer, et qu'une partie de plancher a été réalisé avec des coffrages perdus en fibro-ciment comportant également de l'amiante et serait à retirer (1300m² - 483m3 - 1150 T coffrage + dalle dessus), mais celui-ci pourrait être neutralisé par un procédé d'enrobage, (cette partie étant en bon état), ce qui serait bien moins coûteux (ceci est une préconisation du bureau d'étude cité ci-dessus).


# Au niveau économique

La conservation et la réhabilitation de ce bâtiment serait logiquement bien plus économique qu'une démolition-reconstruction et permettrait d'éviter de lourds frais coûteux pour la collectivité et donc pour le contribuable.

Par ailleurs, ce bâtiment pourrait servir plus rapidemment à une entreprise (mais pour cela, on aurait tout intérêt à commencer par faire des travaux dans celui-là, ce qui n'est malheureusement pas le cas).

L'opportunité de conserver ou de détruire les autres bâtiments est moins discutable :
La présence d'amiante (plaques couverture en fibro-ciment amianté, flocage, enduits projetés, panneaux sandwich) nécessiterait de désosser complètement ces bâtiments et de mettre la structure en métal à nu, afin de garder uniquement celles-ci, et l'implantation actuelle de ces bâtiments permettent difficilement d'optimiser le terrain.
L'imprimerie Cino del Duca / Québécor . . . . . /!\ Menacée de démolition par l'agglomération, avec la complicité de la ville de Blois /!\

[Chapitre 3] Ce qui a été dit par les élus, versus ce qui a réellement été fait.


# Quel avenir ?

Ce bâtiment est menacé de démolition, y compris la façade, malgré son intérêt et le fait qu'elle fasse l'objet d'une protection par le Plan Local d'Urbanisme, voté il y a... 2 ans !
Ce qui est réellement prévu :

Pourtant, en consultant les appels d'offres de la 2e tranche de la démolition, lancées en 2015, par l'agglomération de Blois, nous avons eu la mauvaise surprise de voir que ce n'était pas le cas, puisque ces appels d'offres stipulaient que la façade serait détruite aux 2/3.
Cela est confirmé par le dossier de presse présent sur le site d'agglopolys (mars 2016), même si la démolition est minimisée, puisqu'il est stipulé que : "
La façade constituant un témoignage du passé industriel du site, il a été décidé que l'immeuble ne serait démoli que partiellement afin de conserver en mémoire ce patrimoine représentatif du XXe siècle" (p.6)
Et on retrouve, page précédente (p.5), un visuel similaire au visuel des appels d'offres, où seul un tiers de la façade est mentionnée comme étant à conserver.
Visuel présent dans le dossier des appels d'offres.
Une façade protégée par le PLU (Plan Local d'Urbanisme) voté il y a.... 2 ans, mais qui va être détruite !

Pourtant, le PLU, approuvé par le conseil municipal le 18 novembre 2013 protégeait cette façade en tant que "édifice singulier / sous catégorie "les édifices particuliers" (E6).

Le règlement stipule, entre autres :
"C'est la volonté du président ! [NDLA = lui-même] Elle n'est ni classée, ni inscrite à l'inventaire, mais elle est jugée intéressante par les spécialistes du patrimoine. Elle reflète l'architecture industrielle des années 60 et c'est la trace d'une grande aventure qui a été menée à Blois"
"la friche Québecor est ancrée dans la mémoire blésoise parce qu'une belle aventure industrielle s'y est déroulée"
Par ailleurs, à la même période, la façade singulière de l'imprimerie était fièrement représentée dans l'exposition sur les 50 ans de la ZUP, qui a eu lieu au printemps 2013. (exposition de 8 planches, réalisée par la ville de Blois et BDboum, conception graphique et illustration : Renaud Pennelle). Elle symbolisait ainsi, le développement industriel de la ville de Blois.
Dans le Petit Blésois, 7 avril 2015, il n'est pas question de la façade, mais l'intérêt du lieu est abordé (C. Degruelle) :
Le PLU en cours de modification, pour modifier la protection de la façade et permettre sa démolition.

Une modification du PLU a été lancée par la ville de Blois. Du 12 octobre 2015 au 13 novembre 2015, une enquête publique a eu lieu (prescrit par le maire de Blois par arrêté n°875/2015 daté du 4 septembre 2015).
Dans cette enquête publique, nous avons pris connaissance des modifications.
On note deux modifications majeures : En affirmant qu'ils veulent "clarifier la protection", ils ne font que rendre la protection plus floue, car dans les textes "la façade sur la route de Vendôme est à préserver et à valoriser" devient "le caractère patrimonial de la façade sur la route de Vendôme est à préserver et à valoriser".

Par ailleurs, dans la catégorie E6, les démolitions sont acceptées "si le mauvais état de l'édifice le nécessite".
Il n'y a pas de détail, il n'y est pas mentionné de garde-fous (ex : arrêté de péril), ce qui ouvre la porte à toutes dérives. Par ailleurs, fait étonnant, seule cette catégorie est concernée par cette modification.

Ce changement laisse à penser que l'agglomération va arguer un supposé mauvais état de l'édifice pour demander sa démolition.

A noter qu'ils justifient cette modification en raison d'une "erreur matérielle", car sur le PLU, il est indiqué que la façade est en béton armé, ce qui n'est pas le cas en réalité (ossature poteaux-poutres en béton armé avec remplisage en brique). Sauf que :
- ça fait plusieurs années que la brique est apparente en quelques points, et sur les photos de la construction, on voit clairement qu'il s'agit d'une structure porteuse avec remplissage ;
- la technique utilisée ne modifie en rien l'intérêt de la façade, qui porte sur le travail esthétique de celle-ci.
Tout interdit donc la démolition de cette façade.

Comment peut-on détruire un élément protégé par le PLU...?

Facile ! En modifiant la protection dans le PLU !

Et c'est précisément ce que la mairie et l'agglomération sont en train de faire.
Pièce de l'enquête publique stipulant les modifications dans le PLU.
La modification du PLU a été repris par agglopolys, dans le cadre du PLU intercommunal. Celui-ci a été approuvé le 29 mars 2016.
La démolition est en cours. Le permis de démolir a été déposé en 2013. Un permis de démolir supplémentaire a été déposé pour démolir la façade. Avec les délais, nous craignons que la façade soit démolie immédiatement une fois le permis de démolir accepté, donc, avec impossibilité d'excercer un recours.
# Prescriptions applicables à toutes les catégories des édifices protégés en tant qu'édifice singulier [E0]:

+ "Tous les travaux réalisés sur les constructions identifiées doivent être conçus dans le respect des dispositions générales et applicables aux zones concernées du règlement, et dans le respect d’une préservation et d’une mise en valeur des caractéristiques historiques, culturelles et paysagère qui ont conduit à leur classification."

+ "Modification des volumes, façades
Toute modification éventuelle apportée en termes de volumétrie générale et de modification de façade ne doit pas dénaturer lorsque cela est demandé la composition d’ensemble et le caractère architectural de la construction d’origine."

+ "Pour l’ensemble des mesures énoncées ci-dessus, tout projet de modification peut être refusé s’il porte atteinte, de par son implantation, aux espaces extérieurs attenants à la construction ayant une qualité paysagère forte, à sa volumétrie et/ou aux traitements de façades et toitures de la construction d’origine."


# Prescriptions spécifiques à l’ensemble de la catégorie E6 - les édifices particuliers

+ "2//Démolition et modification des volumes
Présentant un intérêt patrimonial important, les éléments bâtis soumis à protection ne devront connaître aucune démolition et modification majeure perturbant la lecture d’ensemble (...)".

+ "En plus des prescriptions générales applicables à chaque élément de la présente catégorie, des prescriptions spécifiques sont indiquées pour chaque élément dans le tableau de repérage" [cf ci-dessous]
Extrait du tableau de repérage, avec le motifs de l'intérêt (avant-dernière colonne) et les prescriptions spécifiques (dernière colonne).
PATRIMOINE NATUREL ET URBAIN
En savoir plus sur le patrimoine menacé à Blois :
Démolition en cours... Façade Nord.
Les problèmes moraux que cette démolition pose.

Outre le fait que cette démolition est un non-sens, tant du point de vue patrimonial que du point de vue du développement durable, la démarche effectuée par la ville et l'agglo pose question à plus d'un titre.

On peut s'interroger sur le fait que les étapes ne sont pas respectée. Les appels d'offres mentionnent la démolition de la façade alors que le permis de démolir n'a pas encore été déposé, et encore moins accepté, que la modification du PLU qui permettrait de voir le permis accepté n'est pas en vigueur (enquête publique pas commencée, et modification pas votée). Cela montre bien que tout est joué d'avance, dans le plus grand mépris de la démocratie.

Par ailleurs, la ville et l'agglomération se retrouvent juge et partie, avec des conflits d'intérêts entre les différentes fonctions de certains élus.

Souvenez-vous, l'actuel maire de Blois et l'actuel président d'agglomération ont fait campagne ensemble, sur le thème du tandem : l'un à la ville, l'autre à l'agglo.
Le maire de Blois est également vice-président de l'agglomération en charge de l'économie, et a donc en charge la gestion des friches industrielles.
Le président d'agglopolys est également adjoint au maire de Blois en charge de la... culture !

Pour une raison qui nous est inconnue, l'agglomération souhaite détruire les deux tiers de cette façade. Chose initialement impossible, puisqu'elle est protégée par le PLU (Plan Local d'Urbanisme).
La ville de Blois, dont le maire a donc en charge la gestion des friches industrielles au sein de l'agglomération, initie une procédure pour modifier le PLU de la ville et la protection de cette façade, afin que l'agglomération puisse démolir la façade protégée par celui-ci.

L'agglomération reprend la procédure de modification du PLU à son compte, dans le cadre du PLUi (PLU intercommunal), afin qu'elle puisse démolir cette façade.

Un permis de démolir modificatif est déposé, et il sera instruit par la ville.

Que vaut donc une protection, qui a bien pour but de protéger un bâtiment qui a été identifié comme présentant un intérêt certain, puisque ces collectivités peuvent faire sauter cette même protection quand celle-ci les dérange ?
Démolition en cours... Façade Ouest.
Sur ce que les élus ont communiqué :

La mairie, l'agglomération, les élus, ont beaucoup communiqué sur la préservation de cette façade, ainsi que sa protection dans le PLU (Plan Local d'Urbanisme), voté en 2013.
Christophe Degruelle, président de l'agglomération et adjoint du maire de Blois, assurait que la façade serait conservée et affirmait, dans les colonnes de la Nouvelle République [article paru dans la Nouvelle République du 28/10/2013 : "Friche Québecor : le nettoyage va commencer"] :