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L'imprimerie Cino del Duca / Québécor . . . . . /!\ Menacée de démolition par l'agglomération, avec la complicité de la ville de Blois /!\

[Chapitre 2] Dossier sur l'édifice et leurs auteurs.

# Historique


Cino del Duca

Cino del Duca, de son vrai nom Pacifico del Duca, est né en 1899 dans une famille modeste du centre de l'Italie. Il fut contraint d'arrêter l'école très tôt et de travailler pour aider sa famille. Engagé à gauche (adhérent au parti communiste), il fut arrêté et emprisonné sous Mussolini. Travaillant pour une maison d'édition, il lança ensuite sa propre maison d'édition avec ses deux frères en 1928. Pour échapper à la surveillance dont il fait l'objet, et pour développer ses affaires, il émigra en France et s'installa à Paris en 1932, où il poursuivit son activité d'édition dans la presse.
Dans les années 50, il diversifia ses activités, en ouvrant des librairies, en produisant des films....
Il ouvrit également quatre imprimeries pour l'impression de ses magazines La première, en 1953, à Maisons-Alfort, dans le Val de Marne, une à Blois, une autre à Biarritz et une en Italie.
Ses imprimeries étaient à la pointe et étaient alors considérées comme des fleurons.
On lui doit de nombreux titres, surtout dans les revues BD et dans la presse du coeur : Tarzan, Hurrah !, L'aventureux, Intimité, Nous deux, modes et travaux, mais aussi Télépoche, qui a révolutionné le format des programmes télé.
Il décèda en 1967. A ce moment, il était le 4e groupe de presse français.
Sa femme, Simone del Duca, poursuivit l'activité, mais avec moins d'innovations. Le groupe perdit progressivement son avance et finira par être vendu. La crise de la presse écrite lui sera fatal.
[plus d'informations : Isabelle Antonutti, Cino del Duca, de Tarzan à Nous deux, itinéraire d'un patron de presse, presses universitaires de Rennes - www.cinodelduca.jimdo.com]
L'imprimerie blésoise

L'imprimerie fut construite dans ce qui deviendra la zone d'activités de Blois-Nord. Ce fut l'un des premiers bâtiments à avoir été édifié dans ce secteur.
En effet, auparavant, la plupart des industries étaient implantées à proximité de la gare (chocolat Poulain, biscuits Poulain, Chaussures Rousset,...).
A la suite du développement de la ville et de l'urbanisation au Nord-Ouest pour réaliser les cités et les zones pavillonnaires, les industries, qui n'avaient plus la place de continuer à s'installer là-bas, s'installèrent au Nord, le long des axes routiers pénétrants (Avenue de Vendôme, Avenue de Châteaudun), et à proximité immédiate des voies ferrées (anciennes voies ferrées de la ligne de Villefranche-sur-Cher à Blois - en passant par Romorantin - et de la voie ferrée de Pont-de-Braye à Blois - en passant par Vendôme -, toutes les deux étant alors, désaffectées - la première a vu son viaduc franchissant la Loire détruit à la seconde guerre mondiale et fut officiellement déclassée en 1954; la seconde, a vu son trafic interrompu vers 1950 - seule subsiste une portion de 15 km allant de Blois à Villefrancoeur, ainsi que les embranchements, utilisés pour le fret). A partir des années 1960, cet espace a donc été construit sur les champs, tout comme la ZUP.
Ce bâtiment mesure 65 m de large sur 140 m de long, soit plus de 9 000 m². Il est construit quasi-intégralement en béton armé et selon un système de poteaux-poutres, ce qui permet d'obtenir de grands espaces, entièrement modulables ; de ce fait, il est assez emblématique des constructions industrielles du milieu du 20e siècle.

L'espace central de 3 000 m², comporte un toit en sheds, ce qui permettait d'éclairer l'intérieur d’une lumière naturelle et zénithale, et cela, en quantité et de manière uniforme. En principe, les sheds sont orientés au Nord, afin que la lumière soit indirecte. Ici, ils sont orientés au Nord-Est ; cela est dû à l’orientation de la parcelle. Ces sheds sont eux aussi en béton et semblent avoir été préfabriqués.
L'élément inférieur de la face verticale comprenant le vitrage constitue une poutre de 18 m de portée, maintenant l'ensemble du toit. Le tout repose sur des poteaux et des poutres.
Le site, vu du ciel en 1965 [archives municipales de Blois].
L'imprimerie en construction [www.walterpatscheider.com]. A noter, à droite, l'ossature en poteau-poutre, avant montage de la façade.
La façade Nord-Ouest, en août 2014.
Les sheds, en janvier 2014.
Les bureaux ont été implantés sur l'avenue de Vendôme, qui était, à l'époque, la seule voie bordant l'imprimerie. La façade a fait l'objet d'un traitement particulier, et à ce titre, elle est remarquable.

La façade, longue de 65 m, ainsi que ses retours (2 x 9 m) ont fait l'objet d'un travail en relief, avec un jeu géométrique de reliefs, de pleins et de vides, en ciment. Contrairement aux apparences, celle-ci n'est pas porteuse, car elle s'appuie sur le système poteaux-poutres, que l'on voit bien sur la photographie de l'imprimerie en construction.
On doit ce relief monochrome à l'artiste italien Carlo Ramous.
L'ensemble est donc le fruit d'une collaboration entre un ingénieur et un artiste, ce qui n'est pas si courant que cela, dans la conception d'un bâtiment industriel.

Malheureusement, aujourd'hui, la végétation dense, due à l'abandon et au manque d'entretien du site, ne permet pas d'appréhender la façade dans sa globalité.
Carlo Ramous

Carlo Ramous
était un sculpteur et peintre italien, né le 2 juin 1926 à Milan et décédé le 16 novembre 2003. Ses deux frères étaient eux aussi dans le milieu artistique, puisque l'un était écrivain, et l'autre musicien.

Il est plus connu pour son oeuvre sculpturale que picturale. Il fit sa place dans la sculpture abstraite en Italie. Il a conçu de nombreuses réalisations (plus de 300 pièces), essentiellement en métal, et pour certaines, monumentales.

Son travail a fait l'objet de nombreuses expositions, personnelles ou collectives (plus de 350, en Italie, France, Allemagne, Pays-Bas, Egypte, Etats-Unis, Japon, Australie, Mexique,...), dont dans de nombreuses expositions internationales : biennale de Venise (1958, 1962 et 1972), triennale de Milan (1954, 1960, 1964), quadriennale de Rome (1955, 1959, 1973), biennale de Sao Paulo, au Brésil (1961), biennale d'Anvers (1965, 1973),...

Ses oeuvres sont exposées dans plusieurs musées à travers le monde (Italie, Belgique, New-York, Lima), ainsi que dans différents espaces publics à Milan, où il a vécu.

Il a également apporté sa contribution dans le domaine de l'architecture. Il a notamment collaboré avec l'architecte Mario Tedeschi pour la réalisation des bas-reliefs des églises Santa Marcellina et San Giovanni Bosco, à Milan ; ainsi qu'avec l'ingénieur Tullio Patscheider, pour les deux grands bas-reliefs de la façade d'entrée de l'imprimerie Ambrosiana à Cinisello Balsamo (Milan), en 1957, puis pour le monochrome long de 80 mètres sur la façade de l'imprimerie Cino del Duca à Blois.
Cette dernière fresque est l'une des réalisations (si ce n'est la réalisation) la plus importante par ses dimensions, de Carlo Ramous, avec environ 800m² de surface.

Pour plus d'information, son parcours et son travail sont présentés sur le site www.carloramous.it (en italien et en anglais)
Cino del Duca, avec l'un de ses titres.
Situation de l'imprimerie.
Vue aérienne des bâtiments [source : image IGN].
La partie la plus ancienne a été construite entre 1961 et 1963, puis le site a évolué en fonction de l'activité et des besoins.
Autour de 1990, l'imprimerie s'est étendu au Sud, en acquérant le site voisin, d'où cette enclave où se situe la station service de l'Avenue de Vendôme.

Le plus ancien bâtiment a été réalisé en béton armé, et présente un intérêt certain : sheds, façade. Il sera présenté ici. Après de nombreuses recherches, nous avons réussi à retrouver les noms des concepteurs des lieux.
Les bâtiments postérieurs ont été réalisés en ossature métallique et ne présentent pas d'intérêt particulier.

L'ensemble est actuellement en cours de démolition. La première tranche de démolition a eu lieu en 2014 et 2015. Le bâtiment le plus ancien a fait l'objet d'un simple désamiantage partiel (gaines, portes, etc.). Le coût de la démolition des autres bâtiments ainsi que du nettoyage et désamiantage partiel de celui-ci s'élève à 2 100 000 €.
La seconde tranche de démolition, qui concerne le bâtiment le plus ancien, en béton, est prévue pour le premier semestre 2016.

La façade de ce bâtiment, qui a fait l'objet d'un traitement esthétique particulier, devait, à l'origine, être conservée. Au final, nous avons appris que les deux tiers de la façade sera détruite, malgré sa protection dans le PLU, qui est en cours de modification pour permettre cela... Le reste du bâtiment sera intégralement détruit.
Encore une belle préservation du patrimoine blésois et une véritable vision écologique...
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Carlo Ramous au travail. Photo dédicacée à l'ingénieur Tullio Patscheider.
[source : www.carloramous.it]
La façade, lors des années 1960 [source : www.carloramous.it].
La façade, lors des années 1960 [www.walterpatscheider.com].
A l'origine, était positionnée, devant la façade, une sculpture en bronze, haute de 7m, du même artiste, mais celle-ci n'est plus là aujourd'hui. Elle aurait été volée en mars 2011.
Détail de la façade aujourd'hui.
La mise en place de la sculpture [source : www.carloramous.it].
Gesto por la Libertà, Piazza Conciliazione, Milan. Il s'agit, sans doute, de la sculpture la plus connue de Carlo Ramous.
Arco, Milan. Cette sculpture, initialement exposée à Parme qui a été démontée et dont les éléments ont été abandonnés sur un terrain en plein air [www.carloramous.it rubrique "Immagini" puis "Le sculture a Parma"] a été récupérée et restaurée par l'ingénieur Walter Patscheider, qui en a fait don à la ville de Milan [lien].
Walter Patscheider n'est autre que le fils de l'ingénieur qui a conçu l'imprimerie Cino del Duca ; cela montre le lien qui pouvait unir les deux hommes.
Chiesa Santa Marcellina e San Giuseppe alla Certosa, Milan.
PATRIMOINE NATUREL ET URBAIN
En savoir plus sur le patrimoine menacé à Blois :
# Contexte

Les bâtiments de cette ancienne imprimerie sont situés avenue de Vendôme, dans la zone d'activité de Blois Nord (juste à côté de la salle de concert le Chato'do)
L'imprimerie fut fondée au tout début des années 1960 par Cino del Duca, et avait pour objet l'impression de périodiques. Elle a longtemps été considérée comme un fleuron dans le paysage industriel blésois. Elle accueillit jusqu'à 500 salariés dans les années 1980-1990.
Mais à partir des années 1990, la donne changea. Il y eut plusieurs plans sociaux (1992, 2002) plusieurs rachats : Maxwell, puis Québecor. L'activité d'impression des périodiques fut progressivement transferée dans d'autres imprimeries, l'imprimerie blésoise se tournant vers la documentation commerciale.

Le dernier propriétaire, Québecor World, s'est séparé de ses unités de productions européennes en 2008. Celles-ci ont été rachetées par le fond d'investissement néerlandais HHBV Hombergh/De Pundert Group qui les a renommées CirclePrinters. Ce dernier, dans le cadre d'une réorganisation, a définitivement fermé l'imprimerie en septembre 2008.

L'ensemble du foncier a été acheté par Agglopolys (Communauté d'agglomération de Blois) en 2011, dans le cadre d'une "reconquête des friches industrielles", pour près d'un million d'euro (800 000 €
[NR du 13/05/2011 - Québécor et transports urbains] + 165 000 € [NR du 17/05/2011 - Au fil des dossiers]). La parcelle fait 5 ha et dessus sont implantés plusieurs bâtiments (2,55 ha de surface au sol).
Les parois extérieures sont en briques creuses et ne sont pas porteuses, puisqu'elles viennent en remplissage de la structure poteau-poutre porteuse, ce qui confère à ces volumes une grande capacité d'évolution selon les besoins.
D’ailleurs, au Sud-Ouest, un bâtiment plus moderne, en ossature métallique a été accollé, et le remplissage de la façade initiale a été détruit.

Les façades ont été recouvertes de faïence rouge, sur toute sa surface. La façade Nord-Ouest , qui comporte de grandes baies, a conservé son aspect initial.

L'édifice a été conçu par un ingénieur italien,
Tullio Patscheider. La firme, créée en 1945, et reprise par son fils, existe toujours aujourd'hui (Studio di ingegneria e architettura Dott. Ing. Walter Patscheider - www.walterpatscheider.com).
Les sheds, en janvier 2014. A gauche, les bureaux.
Les sheds, en janvier 2014.
Sur la page d'accueil du site internet consacré à Carlo Ramous (www.carloramous.it), figurent la sculpture Gesto por la Libertà, ainsi que la façade de l'imprimerie Cino del Duca, à Blois, ce qui montre l'importance de ce bas-relief monumental dans son Oeuvre.
La façade Nord-Ouest, avec, devant, les bureaux.
# Evolution du site

(photographies aériennes IGN)
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Imprimerie vue d'en haut, en octobre 2008 Le blanc est du papier jeté par les salariés mobilisés pour sauver leurs emplois (photo François Bourdillon).
Plus qu'un travail de collaboration, Carlo Ramous et Tullio Patscheider étaient amis. Aujourd'hui, c'est d'ailleurs le fils de Tullio Patscheider, Walter Patscheider, qui gère l'Oeuvre et les archives de Carlo Ramous.
Détail du travail en relief.
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Maquette en plâtre de la façade de l'imprimerie [source : Walter Patsceider].
Ebauche de la sculpture, taille réelle [source : Walter Patscheider].
La plume, ébauche au 1/10e, pour la sculpture destinée à être placée devant la façade de l'imprimerie
[source : Carlo Ramous, un percorso di vita, 2013].
Extrait du plan montrant les fontations de la sculpture et de l'escalier de l'entrée, février 1963 [source : Walter Patscheider].